Éloge de l’étiopathie

Texte publié en mars 2007.

Maintenant que c’est terminé, je peux tout vous dire. J’ai eu un accident de la circulation, au début du mois de février [2007]. Rien de trop grave, je vous rassure. La chute a été très « calorifique » au cours de la soirée, mais dès le lendemain, tout était rentré dans l’ordre. Il ne restait plus que les meurtrissures et les plaques de sang séché, tout le long de la jambe gauche, ainsi qu’une douleur à la cheville qui m’a fait claudiquer quelques jours : pas de quoi ameuter la terre entière (je me comprends…).


Ce n’est que quelques jours plus tard que j’ai commencé à ressentir une certaine gêne à l’épaule gauche, dans la nuque, et tout le long du bras. Une semaine après l’accident, je décidai d’aller consulter un médecin généraliste. Celui-ci me prescrivit pommade et antalgiques, sans s’imaginer quelle était la nature de l’alien auquel on avait affaire. Mais je n’allais pas tarder à m’en rendre compte : la nuit suivante fut si pénible qu’au petit matin, je me précipitais aux urgences. Les radios n’indiquaient aucune lésion des vertèbres, ce qui était rassurant. On me prescrivit donc, en plus du paracétamol habituel, des relaxants musculaires et des anti-inflammatoires. Je fus amené aussi à porter un très joli collier cervical qui me fit ressembler pendant deux semaines à Erich von Stroheim dans La grande Illusion. Tout était maintenant fin prêt pour le début du calvaire.


Je ne suis pas du genre à me lamenter et à geindre sans raison, mais ceux qui ont déjà eu une névralgie cervicale savent de quoi je parle. Les nuits se révèlent particulièrement propices aux longues séances de torture. La douleur est alors permanente, et tellement aiguë qu’elle vous déforme le visage pendant des heures. C’est ici qu’on s’aperçoit que la résignation du martyr peut vous procurer quelques moments de soulagement.


Je suis retourné trois fois aux urgences par la suite, pour demander des antalgiques toujours plus forts, mais qui se révélèrent tous inefficaces. Quant aux somnifères, ils ne font que retarder d’une demi-heure le moment où vous vous réveillerez au milieu de la nuit. Vous êtes alors trempé de sueur, totalement abruti, et sans espoir aucun de pouvoir vous rendormir. Après deux semaines de ce régime, vous êtes KO ; « full KO », comme dirait l’autre.


Le scanner de l’hôpital a finalement révélé un « pincement » vertébral : vraiment pas grand chose, trois fois rien, une misère qui est supposée se résorber d’elle-même. Si vous continuez à prendre le traitement du docteur Goldstein et à bien porter votre collier cervical, il ne devrait pas y avoir de problèmes. C’est aussi ce que m’a dit un rhumatologue que j’ai consulté quelques jours plus tard. Je sortais de son cabinet avec une nouvelle ordonnance. Quand je la présentais au pharmacien, celui-ci s’étonna de la longueur du traitement au paracétamol : « A moins que ce soit pour faire des stocks ? » Il est vrai qu’en France, les médicaments sont remboursés par la « sécu », et que n’importe qui, manifestement, peut se constituer des « stocks » ─ et même, pourquoi pas, les écouler à l’étranger (je me comprends…).


Une bonne âme m’a finalement conseillé d’aller consulter un « étiopathe ». Ne me demandez pas ce que c’est. Tout ce que je peux vous dire est que cet « étiopathe » m’a soigné en deux temps trois mouvements, c’est le cas de le dire. Quelques manipulations savantes du cou, des bras et du dos, quelques craquements de vertèbres ici et là, et le tour était joué. L’affaire avait pris dix minutes, en tout et pour tout. Il m’a fallu un peu de temps pour réaliser le prodige de l’étiopathe. Quand je suis sorti du cabinet de l’avenue de Ségur, je marchais avec la tête qui tournait comme un radar, pour m’assurer que tout ceci était bien réel. Après quelques pas, je compris alors que j’étais enfin délivré ; tout simplement ! J’ai eu alors toutes les peines du monde à réprimer un sourire jusqu’aux oreilles tellement je me sentais léger. A un moment, même, j’ai cru que j’allais m’envoler !


J’ignore si l’étiopathie est toujours aussi efficace, mais je m’étonne surtout qu’aucun médecin ne m’ait conseillé à ce sujet et orienté correctement. Il est vrai que cette discipline n’est pas reconnue ni remboursée par la « sécu », mais on a tout de même le sentiment que le système établi nous cache quelques chose et semble vouloir maintenir certains privilèges au détriment des malades.


À ce que je comprends, l’étiopathie serait une médecine de « rebouteux » qui aurait ses racines dans les pratiques séculaires de nos ancêtres paysans. C’est donc plutôt rassurant, a priori. Les gens que cela intéresse peuvent se renseigner sur etiopathie.com pour connaître la nature des maux soignés par cette discipline. Je vous laisse aussi à tout hasard les coordonnées de la personne qui m’a délivré du cauchemar cervical : Catherine Jassaud, 67 avenue de Ségur, 75007 Paris. Tél. 01 47 Décédée depuis…


Pour finir, on notera, une fois encore, qu’il paraît sain de s’éloigner du bluff et du mensonge de la modernité cosmopolite pour se rapprocher de la terre ─ qui elle ne ment pas, comme chacun sait.

Hervé RYSSEN

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