Corruption de fonctionnaires en Russie

À la mi-octobre 1919, le général monarchiste Wrangel, commandant en chef des armées du Sud de la Russie, avait adressé au commandant en chef, le général Denikine, une lettre dans laquelle il pointait du doigt la corruption des cadres de l’administration et des armées.

Dans son livre intitulé Les Blancs et les Rouges, (1997, Editions du Rocher, 2007), l’historien Dominique Venner cite une partie de cette lettre. Le texte que nous avons retranscrit ci-dessous a aussi été cité dans le livre La Guerre des Russes blancs (Editions Tallandier, mars 2017), de l’historien trotskiste Jean-Jacques Marie.

« Les rapines et la pratique des pots-de-vin, écrit Jean-Jacques Marie, avaient profondément pénétré tous les secteurs de l’administration. Avec le pot-de-vin adéquat, on pouvait contourner n’importe quelle disposition du gouvernement. »

Wrangel, écrit Jean-Jacques Marie, « insiste sur l’ampleur de cette spéculation qui touche de bas en haut, tous les grades de l’armée et sur la bacchanale éphémère et démoralisatrice qu’engendre le trafic des biens pillés.

« Des sommes folles passaient par les mains de tous les individus concernés par l’“autoravitaillement”, et tous l’étaient, du sous-officier à l’économe du détachement inclus, et ces sommes engendraient inéluctablement la débauche, le jeu et l’ivrognerie. Malheureusement, certains des hauts gradés donnaient l’exemple en organisant des ripailles homériques, et en dépensant des sommes folles sous les yeux de toute l’armée”. »

Wrangel se heurta brutalement aux effets de ce trafic lorsqu’il dut évacuer la ville de Tsaritsyne (ex-Stalingrad) en décembre 1919, en prévision d’une offensive victorieuse des Rouges.

« Sept trains devaient partir chaque jour. Il était prévu d’expédier en premier lieu le matériel de guerre, puis les administrations civiles et militaires, et finalement les particuliers qui voulaient quitter la ville, et qui devaient, à cet effet, s’inscrire à la mairie. Comme bagage, on n’avait droit qu’à une malle. Une foule de gens se présenta. » (D. Venner).

Wrangel apprit alors que, malgré les ordres donnés, les trains étaient remplis de meubles et de marchandises de toutes sortes. »

Wrangel écrit ici, dans sa lettre :

« Au lieu de sept trains, le premier jour il n’en partit que quatre, et trois seulement, le lendemain. Je pris quelques cosaques de mon escorte et j’allai avec eux à la gare. Un train de passager était justement en partance. Les wagons étaient pleins de pianos, de glaces, de meubles de prix. Je les fis jeter dehors et mettre en pièces. Ensuite, ayant trouvé un train dont les wagons étaient plombés – les documents les disaient chargés de munitions – je les fis ouvrir. Au lieu de munitions, ils étaient plein de voyageurs, juifs pour la plupart, qui voulaient partir avec leurs marchandises. Ils m’avouèrent avoir soudoyé le chef de gare et deux de ses adjoints. J’ordonnai de faire passer ces trois employés par la cour martiale et, le même jour, ils furent pendus. L’arrêt fut communiqué à toutes les stations de chemins de fer et, depuis, l’évacuation marcha admirablement. On put faire partir huit trains par jour au lieu de sept et la ville était évacuée quand les Rouges s’en approchèrent. » (Mémoires, page 101).

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